2e Rencontres professionnelles

La Foire du livre de Brive a cultivé son succès dans les relations privilégiées qu’elle a su favoriser entre l’auteur et le lecteur. A cet aspect là, les organisateurs ont souhaité ajouter une réflexion sur le monde du livre. C’est ainsi, qu’en 2015, sont nées que les premières Rencontres professionnelles de Brive, initiées sous le patronage de Jean Brousse , président de JB Conseil et administrateur du groupe Centre France. Cette expérience, devant son succès, est reconduite cette année.

Lors des 2e Rencontres professionnelles, en novembre 2016, les professionnels de la chaîne du livre ont débattu à partir, une fois n’est pas coutume, d’une très bonne nouvelle : 2015 a vu les ventes de livres renouer avec la croissance, après 4 années de baisse. 
Au-delà des chiffres on peut également relever de profonds changements dans la typologie des ouvrages, la best-sellerisation, le rôle et le métier d’auteur, le profil du lecteur/acheteur et l’évolution du métier des libraires.

Un nouveau livre serait-il en train d’apparaître ?
C’est cette question que Jean Brousse a posé lors de ces 2e Rencontres professionnelles de Brive.
De nombreux intervenants ont apporté des éléments de réponses :
– Nicolas Corneau, directeur général de Centre France Livres,
– Pierre Dutilleul, directeur général du Syndicat national de l’édition,
– Emmanuel Dève, libraire à Brive,
– David Guiraud, Visconti, président du conseil de surveillance de Ouest-France, ancien vice-P-dg du Monde et DG des Echos,
– Antoine Lefébure, historien des médias et conseiller de la BNF,
– Marie Sellier, présidente de la Société des gens de lettres,
– Olivier Thuillas, Centre régional du livre en Limousin, professeur associé responsable du master édition à l’université de Limoges,
– Philippe Walter, directeur du développement et de l’innovation sur le secteur public à Microsoft,
– Laurent Lenoir, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine représentant le président Alain Rousset.

logo_na_quadri_2806

 

Compte rendu des premières Rencontres professionnelles de Brive (Novembre 2015)
La lecture, un enjeu essentiel
L’idée que l’éducation culturelle pose un véritable problème dans notre pays a été unanimement partagée  par les intervenants. L’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques – a attribué à la France le prix de championne des inégalités scolaires. « L’éducation culturelle et artistique est gérée de façon catastrophique », soulignait Jean-Noël Tronc. Il a insisté sur les idées à développer dans les écoles pour enrichir le bagage culturel des élèves, par exemple la présence d’un orchestre ou d’une chorale de classe. Ces actions contribueraient à un élan visant à l’ouverture des  élèves au monde qui les entoure.

Les tableaux noirs qui sont souvent dressés concernant l’industrie culturelle participent d’un manque de confiance de ses acteurs. La sémantique qui entoure ces questions est souvent ponctuée du mot “crise”, ce qui refroidit les professionnels du livre. Il y a pourtant des raisons d’être optimistes, il existe aujourd’hui de nombreux moyens d’amener les jeunes générations vers l’acquisition d’un capital culturel.

Conquérir une liberté intérieure
La langue doit être un moyen d’appréhender le monde et de s’y ouvrir. Jean-Noël Tronc rappelait l’importance de la présence du livre dans un foyer pour qu’un enfant s’habitue à cette pratique, la fasse sienne. Il ne doit pas y avoir de divorce entre le savoir et la littérature. Cette dernière  représente un ferment essentiel dans l’acquisition de savoirs. Notre système éducatif est fondé autour de la langue, la littérature et une formation qui, à elles trois, construisent la liberté intérieure.

Des exemples édifiants furent cités pour appuyer cette importance de la littérature. On notera cette référence aux rebelles de Tombouctou qui ont détruit des manuscrits historiques. Cette action, hautement symbolique, est symptomatique d’une volonté de la part de certains groupes d’enrayer l’accès au savoir et par extension à la liberté. Pour illustrer cette idée, une citation de la ministre de la culture, Fleur Pellerin, a été reprise : « La culture de la haine engendre la haine de la culture ».

Les personnes présentes ont prouvé leur implication dans le développement des initiatives à différentes échelles. Il a notamment été question du prix Clara qui récompense les écrivains qui ont écrit une nouvelle. On a également pu entendre une référence aux “petits champions de la lecture”, un projet visant à répandre la lecture auprès des CM2. En somme, il n’y a pas de limites pour développer le goût de la lecture et de la culture. En témoigne l’émergence des outils numériques donnant accès à un contenu plus vaste.
En somme, outre un facteur d’intégration, la lecture s’érigée comme un véritable rempart contre la barbarie.

Le monde de l’édition face à la réalité du numérique
Le livre, marqué par des révolutions matérielles constantes a su se réinventer. Au cours de son histoire, il fut porté par des acteurs visionnaires qui n’ont pas eu peur des révolutions techniques et de leurs implications.
Selon Olivier Mathiot, «  le rêve numérique n’est pas un secteur mais une réalité de transformation complète de la société ». La question du numérique est une réalité effective à laquelle les acteurs ne peuvent échapper. La France devrait sortir de son attitude protectionniste et défensive à l’égard de ces nouvelles technologies. En témoigne la croissance de l’édition, qui en 2015, s’élève à + 3 % (contre toute attente) depuis 2007. Néanmoins, cette performance ne doit pas être considérée comme acquise car il est nécessaire de prendre en compte l’ensemble des paramètres du secteur au risque de voir tous les efforts réalisés s’effondrer.
Chaque révolution industrielle induit une destruction de la valeur. Certains métiers disparaissent et d’autres font surface, créés par l’essor du numérique, les acteurs de l’édition devront apprendre à composer avec cette nouvelle donne.

Olivier Mathiot a fait part de son enthousiasme vis-à-vis des avantages technologiques du e-book : « En terme de volume, partir en vacances avec tout Shakespeare et Proust est formidable. » Néanmoins, la part de e-books vendus reste résiduelle et les raisons sont multiples. Les prix parfois pratiqués ou l’absence de matérialité sont des éléments de réponse. Véritable star à sa sortie en 2007, on note actuellement une baisse dans sa consommation. Ses aspects pratiques n’ont pas suffi à le faire adopter des utilisateurs.

L’exemple de la chute de Kindle illustre bien le véritable problème qui se pose en France. Face au succès de l’Allemagne qui a su faire travailler main dans la main libraires et acteurs du monde numérique, notre pays reste sur un clivage entre ces deux composants d’un même secteur. Il paraît donc essentiel de resserrer les liens entre les acteurs.
Par ailleurs, on peut noter un fort attachement au livre imprimé de la part des Français. Vincent Montagne rappelle que « le livre demeure le cadeau le plus apprécié des Français notamment par sa capacité de relation interpersonnelle. » Il a insisté sur la capacité du livre à créer du lien social.

L’édition conjuguée au futur
L’enjeu est de savoir se servir des nouvelles technologies pour resserrer les liens entre les éditeurs, les auteurs et les lecteurs. Selon Marie Sellier, il est essentiel que le couple auteur-éditeur continue le dialogue déjà engagé pour adapter le droit d’auteur à la nouvelle donne numérique en creusant notamment les questions de partage de la valeur et de transparence des comptes pour s’inscrire dans une modernité constructive et durable. La fidélité des auteurs doit être entretenue par les éditeurs.

Il faut parvenir à redonner à l’éditeur un rôle de médiateur ou de passeur pour reprendre les termes de Vincent Montagne. Il va même jusqu’à évoquer « le besoin de renforcer l’amitié entre l’auteur et l’éditeur ». Antoine Lefébure insiste sur l’importance du rôle de l’éditeur en tant qu’agent mais aussi sur la nécessité de l’exploitation du potentiel des auteurs qui doivent s’investir davantage auprès de leur public.

La culture et le livre sont plus une part de la solution que du problème. Cette solution doit passer par un soutien aux start-up de la part des politiques. Olivier Mathiot a insisté sur le fait que l’avenir appartenait à ce genre d’entreprises innovantes.

En conclusion, l’édition a la capacité de mobiliser de la créativité et anticiper le futur. La mobilisation des auteurs, la compréhension des nouveaux outils et une symbiose de cet écosystème permettraient d’imaginer l’édition de demain. Il est essentiel que l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre continuent à échanger et à débattre autour de ces questions. (Compte rendu : Nabil Bereriche, Mathilde Boulineau, Claire Lagrange, Alexandra Desproges)